Salaire d'une femme militaire : grille identique, écarts réels expliqués

Une femme militaire gagne-t-elle moins qu'un homme au même grade ? La réponse tient en trois temps. D'abord un principe : la grille de solde est strictement identique par la loi, quel que soit le sexe. Ensuite un constat : un écart moyen existe bel et bien entre les soldes perçues par les hommes et les femmes en 2024. Enfin une explication : cet écart ne vient pas de la grille, mais pour l'essentiel de l'ancienneté, de la répartition des grades et des primes. Voici les chiffres, avec leurs sources.
Le principe : une seule grille, pour tout le monde
Dans les armées françaises, la solde de base obéit à une grille indiciaire réglementaire : à corps, grade, échelle et échelon identiques, l'indice de solde (et donc la rémunération de base) est rigoureusement le même pour un homme et pour une femme. C'est ce que rappelle le Haut Comité d'évaluation de la condition militaire (HCECM), dans sa revue annuelle 2025 (p. 140) : « La fonction militaire […] n'opère aucune distinction selon le sexe. » Une étude dédiée du ministère des Armées sur la Gendarmerie nationale confirme ce principe (EcoDef n°213, octobre 2022, p. 1). Il n'existe donc, dans les armées ni dans la gendarmerie, aucun barème de solde différencié selon le sexe. Pour les repères généraux, voir nos guides salaire d'un militaire en 2026 et grille indiciaire militaire 2026.
Le constat : un écart moyen mesuré en 2024

Si la grille est identique, pourquoi parle-t-on d'un écart ? Parce que la solde moyenne perçue dépend aussi de l'ancienneté, du grade atteint et des primes : des critères sur lesquels la moyenne des femmes et celle des hommes ne se recoupent pas encore tout à fait, du fait d'une féminisation encore récente des armées.
Selon le HCECM, les soldes nettes mensuelles moyennes des militaires masculins des trois armées et de la gendarmerie étaient, en 2024, supérieures à celles des militaires féminins, avec un écart qui varie selon la catégorie hiérarchique (HCECM 2025, p. 140) :
| Catégorie | Écart de solde nette moyenne H/F en 2024 |
|---|---|
| Officiers | 23,3 % |
| Sous-officiers | 11,2 % |
| Militaires du rang | 10,5 % |
Détail (graphique 65, p. 141) : l'écart est un peu plus marqué chez les officiers subalternes (18,5 % en 2024) que chez les officiers supérieurs hors généraux (16,7 %). L'écart global de 23,3 % porte sur l'ensemble du corps des officiers, généraux compris, et reflète donc aussi la répartition des femmes entre les grades.
Pourquoi cet écart, s'il n'est pas dans la grille ?
Le HCECM identifie deux facteurs, à l'exclusion de tout écart de barème (p. 140). D'abord l'ancienneté : les femmes officiers ont en moyenne 6 ans de service de moins que les hommes officiers, et les femmes sous-officiers 2 ans de moins : l'indice de solde progressant avec l'ancienneté, cela les place mécaniquement à un échelon moins avancé. À cela s'ajoute la répartition des grades : 67 % des officiers féminins sont subalternes, contre 57 % des officiers masculins. Ensuite les primes : la moindre présence des femmes dans les spécialités de combat et les unités projetées réduit le niveau moyen des indemnités perçues. En octobre 2024, les femmes ne représentaient que 10,6 % des effectifs déployés en opération extérieure, contre 15,3 % des effectifs, un facteur 1,45 de sous-représentation (HCECM 2025, p. 140-141). Ce n'est pas un effet du temps partiel : le statut militaire ne le permet quasiment pas, quel que soit le sexe (EcoDef n°213, note 5).
Ce que montre une étude « à situation égale »
Le point le plus instructif vient d'une analyse économétrique du ministère des Armées sur la Gendarmerie nationale, qui compare des militaires à ancienneté, statut marital, enfants, qualification et affectation identiques (EcoDef n°213, octobre 2022, données 2019, p. 2-3).
L'écart brut observé y est de -12,7 % en moyenne chez les femmes de gendarmerie, avec -11,3 % chez les officiers de gendarmerie et -9,0 % chez les sous-officiers de gendarmerie ; il est plus marqué dans les corps de soutien (-13,6 % pour les officiers OCTA, -14,2 % pour les sous-officiers CSTAGN). Mais une fois neutralisés l'ancienneté, la qualification, la situation familiale et l'affectation, l'écart change de nature : chez les officiers, il n'y a plus d'écart significatif entre femmes et hommes (0,0 %, corps OG et OCTA). Chez les sous-officiers, il subsiste un écart résiduel au détriment des femmes, que l'étude qualifie de « faible ampleur » : être de sexe féminin a un impact de -2,2 % sur la solde nette dans le corps des sous-officiers de gendarmerie et de -2,4 % dans le corps de soutien, à caractéristiques identiques (EcoDef n°213, p. 3).
Quand on compare des situations comparables, l'écart se réduit donc fortement : nul chez les officiers, de faible ampleur chez les sous-officiers. Ce que mesurent les moyennes globales est surtout un effet de composition : l'ancienneté inférieure des femmes, reflet mécanique d'une féminisation récente des corps opérationnels, ouverts aux femmes sous-officiers en 1983 seulement (EcoDef n°213, p. 2), est le principal facteur explicatif de l'écart chez les officiers et sous-officiers de gendarmerie, selon le modèle de décomposition de l'étude (p. 4).
Une dynamique de fond, à lire sur le temps long
Sur un an, l'écart moyen peut fluctuer : entre 2023 et 2024, il a même légèrement augmenté dans la plupart des catégories (HCECM 2025, graphique 65). Mais les moteurs de fond vont dans le bon sens. Entre 2022 et 2023, à périmètre constant (personnels présents les deux années, mesure dite « RMPP »), la rémunération nette moyenne des femmes militaires des armées (hors gendarmerie) a progressé de +8,0 %, contre +7,5 % pour l'ensemble des militaires (EcoDef n°266, août 2025, données 2023). L'écart d'ancienneté chez les officiers reste net (13,7 ans pour les femmes, 19,2 pour les hommes), mais il se resserre mécaniquement à mesure que les générations de femmes entrées en plus grand nombre depuis les années 2000 accèdent aux échelons supérieurs.
Le message est clair : l'écart de solde n'est pas un plafond de verre inscrit dans la grille, c'est la photographie d'une féminisation encore jeune. Les femmes représentent 17,6 % des militaires du ministère des Armées en 2025 (Rapport social unique 2025, contre 17,3 % en 2024) ; en incluant la gendarmerie, la part des femmes dans la fonction militaire est passée de 9,1 % en 2000 à 18,9 % en 2024 (HCECM 2025, p. 30-31 ; voir notre guide femme dans l'armée en 2026). Plus les femmes montent en grade et en ancienneté, plus l'écart se referme. C'est en rejoignant les armées que ce mouvement s'accélère.
À l'entrée, la seule différence entre candidats et candidates porte sur les barèmes des épreuves sportives : voir notre guide barème du test sportif armée pour les femmes. Concours, dossier, formation et carrière sont, eux, strictement identiques.
Question fréquente : l'écart va-t-il se réduire ?
Les fondamentaux le laissent penser : la rémunération des femmes a progressé plus vite que la moyenne en 2023 (à périmètre constant), la part de femmes dans les recrutements militaires (18,6 % en 2024, Rapport social unique) dépasse leur part dans l'ensemble des effectifs, et les études à situation comparable montrent un écart résiduel nul chez les officiers et de faible ampleur chez les sous-officiers. La convergence de l'ancienneté prendra toutefois du temps, et l'écart moyen observé peut fluctuer d'une année sur l'autre.
Vous envisagez de vous engager ? Découvrez les offres actuellement ouvertes dans les armées et la gendarmerie.
- HCECM, Revue annuelle de la condition militaire : 19e rapport, 2025 (p. 140-141, graphique 65)
- EcoDef Statistiques n°213 : Mesurer les écarts de rémunération homme-femme au sein de la Gendarmerie, octobre 2022
- EcoDef Statistiques n°266 : La rémunération des personnels militaires des armées en 2023, août 2025
- Rapport social unique 2024, ministère des Armées
- Rapport social unique 2025, ministère des Armées (page de téléchargement des bilans et rapports sociaux)